Les assemblages en menuiserie


L’article rédigé par Mihai notre membre de l’Atelier Bois Bel-Air

Dans un article précédent, nous avons vu l’utilité de la feuille de débit, première étape dans la réalisation d’un projet. La suite est un ensemble de pièces  de formes diverses et variées, bien entendu, usinées. Le pas suivant, l’assemblage, donnera vie en 3 dimensions au projet.

L’assemblage met en jeu des moyens et des techniques.

Le moyen le plus connu et sans doute le plus utilisé par le bricoleur lambda est le clou et son frère le marteau. Il est faux de croire que la technique du clou n’a pas sa place en menuiserie. Les fond des placards et autres rangements conçus à base de panneaux mélaminés (agglomérés) est fixé avec des clous dans la feuillure pratiquée dans l’épaisseur des panneaux.

La sœur du clou, la vis, a une place de choix dans l’attirail du menuisier et son emploi très vaste. Vaste comme la gamme de vis, en longueur, diamètre et type d’empreinte. Pour fixer un tasseau d’étagère ou faire un assemblage par tasseaux, il n’y a rien d mieux que la vis, c’est propre et rapide.

Mais les “vrais” assemblages en menuiserie sont une vaste gamme d’entailles pratiquées à la main, c’est à dire au ciseau à bois ou scie, ou faites mécaniquement, défonceuse, mortaiseuse, tenonneuse, scie à ruban, scie à format.

Comme son nom l’indique, l’assemblage à mis bois consiste a présenter face à face, deux (ou plusieurs) pièces entaillées à mi-bois, c’est à dire au moins à la moitié de leur épaisseur.

Comment il est exécuté ? C’est vraiment simple: il suffit de tracer les emplacements des traits de coupe, et les effectuer à la scie à main, à ruban ou à format. Sur cette dernière le travail est très propre mais fastidieux car il s’agit de faire un nombre parfois assez important d’entailles de l’épaisseur de la lame, de 2 à 4mm, jusqu’à l’élimination du superflu.

Pour dire l’importance de ce type de montage, l’assemblage à mi-bois est un des premiers enseignés dans les formations professionnelles des jeunes menuisiers.

Voyons maintenant les grandes classiques de l’assemblage en commençant par la hantise de tout apprenti, la queue d’aronde ! Son exécution est plus facile lorsque l’assemblage est visible sur les deux côtés, mais devient assez ardu quand la queue n’est pas débouchant sur une face.

Là aussi, tout ou presque est question de traçage pour commencer mais d’exécution ensuite, surtout quand on travaille à la scie. Un travail propre et surtout en série, demande des moyens mécaniques spécifiques. Il s’agit du gabarit qui s’utilise conjointement avec la défonceuse équipée de la fraise spécialisée.

Enfin, pour terminer (?) avec les que d’aronde, ce court clip montre l’exécution d’un assemblage japonais que je trouve particulièrement esthétique.

L’autre grand classique de l’assemblage est la “rainure-languette” qui, elle peut être vraie ou fausse. Pour l’exécution de la vraie, il y a des fers spécifiques pour la toupie, mais ce travail est réalisable aussi avec la défonceuse.

La fausse languette est une bande de CP qui vient s’encastrer dans les rainures des deux pièces à assembler. Le bouvetage en dents de scie se réalise lui aussi sur la toupie. Il est utilisé pour le recyclage des chutes de bois qui finissent  en panneaux recomposés, les célèbres “ trois plis”. Enfin, l’oblique est souvent employé pour les tiroirs.

Il ne faut pas oublier une autre hantise de menuisier débutant, le couple “tenon-mortaise”. Pour comprendre l’emplacement de cet assemblage, il suffit de se souvenir que tenon = traverse et mortaise = montant. C’est le moment de vous souvenir des signes d’établissement de l’article précédent, avant de passer à l’acte 🙂

Les moyens mis en œuvre peuvent être manuels – ciseaux à bois, scies – ou mécaniques. Très souvent, les combinés rabots-dégau acceptent sur leur arbre les mèches spécifiques pour la réalisation des mortaises. En production semi-industrielles il y a les mortaiseuses à chaîne (la mortaise a le fond arrondi) ou à bédane (le fond est carré). Toujours en semi-industriel, nous avons les tenonneuses à rouleaux. L’amateur lui se contentera de la bonne vieille huile de coude pour faire ses tenons, aux ciseaux et à la scie.

Nous allons terminer – en fait, le chapitre des assemblages est bien plus vaste que ce modeste article – avec deux assemblages   invisibles, le tourillon et le lamello. Le tourillon est un “bouchon” en bois qui vient s’encastrer dans les trous pratiqués dans les pièces à assembler. Ce système est très prisé par les fabricants de meubles en kit à monter soi-même, car les perçages sont faits de manière industrielle très précise. L’amateur, lui, devra s’armer de patience et doigté pour bien aligner les tourillons et les trous afin d’éviter les désaffleures.

Les lamelles de bois pressé, “biscuits” dans le jargon de l’atelier, s’encastrent dans des cavités pratiquées à la défonceuse ou, plus couramment avec la Lamello, une invention suisse digne d’intérêt. Les “biscuits” existent en trois tailles, 0,10 et 20 mais sans aucun rapport avec une quelconque unité de mesure.

Voilà, le petit tour des assemblages vient de se terminer, mais n’oubliez pas l’élément essentiel, la colle. Et l’huile de coude 🙂